Le burn-out ou l’épuisement maternel

Chaque année, dès que le mois de décembre pointe le bout de son nez et que le givre commence à recouvrir les toits des maisons, je me mets déjà à penser aux fêtes de fin d’année. J’adore cette période de l’année qui est remplie d’activités familiales telles que la décoration du sapin ou la confection de biscuits. Mais, ce moment de l’année est aussi synonyme d’anniversaire: en effet, la naissance de ma fille est toute proche de Noël. De quoi me remémorer chaque année qui j’étais avant de basculer « de l’autre côté de la force » et que cela n’a pas toujours été facile d’accepter ce nouveau rôle. Du coup, quelques jours avant les fêtes, je ne vous livre pas de solutions miracles pour affronter ces prochains jours, ni une liste sur les 20 meilleurs cadeaux pour faire plaisir, ni de tutoriels pour décorer son chez soi mais un témoignage sur une période de ma vie, pas facile à évoquer; mon épuisement maternel ou plutôt, mon burn-out.

Flashback.

Ce soir on s’est disputé. Pour des broutilles. On s’énerve toujours pour des broutilles. Non?  Devant les enfants. Ce que je ne voulais jamais faire. Encore un principe qui tombe. Encore un. On s’est dit des phrases qui font mal. Des phrases pour blesser. Je ne devrais pas me disputer avec lui. Il m’aime. Il me trouve belle, même quand je pleure. C’est dire. Il est présent. C’est rare. C’ est un père génial. Il fait comme il peut pour m’aider à supporter la charge de la famille. Car oui c’est une charge physique  mais avant tout psychologique. Les repas, les courses, les agendas, les anniversaires, les lessives, la vie sociale de chaque individu de la famille, les conflits à gérer, l’éducation, les habits à renouveler car ils grandissent trop vite, les devoirs, les activités extras scolaire, les mises au point, la vie de couple à entretenir, etc. Bref. Ce n’est pas tous les jours faciles. C’est beau. Mais ce n’est pas facile.

J’ai arrêté de travailler. Il  fallait être pragmatique. Et bien oui mon salaire était dépensé dans les impôts et le système de garde. Ecrit noir sur blanc, cela semble insuffisant à l’arrêt d’une activité professionnelle et pourtant la réflexion s’amorce de cette manière. Et puis un jour, on décide de rester.  Je savais que je devrais faire face au manque de reconnaissance, aux tâches répétitives mais j’ai minimisé les inconvénients et mis dans la balance la chance d’être présente et de les voir s’épanouir, de les voir grandir. Je me rappelle que lorsque je travaillais, j’avais beaucoup de peine à  concilier mes deux vies et surtout, à gérer ma culpabilité.  J’avais l’impression de courir tout le temps et de ne rien faire à 100%. Je n’étais ni bonne au bureau, ni bonne à la maison. La frustration était énorme.

« Fais la paix et sois la pour eux

ça passe tellement vite, ces premières années! »

Les premiers temps, j’ai apprécié être à la maison. J’ai adoré avoir le temps de me lever le matin, de cuisiner, de faire les courses, de ne pas me maquiller, de jouer au parc. J’ai aimé pouvoir bricoler, avoir le temps d’un bisous, d’un câlin, les consoler, leur lire une, deux, trois histoires. J’ai aimé me documenter sur l’éducation et sur la bienveillance pour essayer d’être la plus « parfaite » possible. J’ai aimé apprendre à réagir de manière plus douce et moins impulsive. Puis, nous avons arrêté le jour de garde à la crèche. Trop cher compte tenu que j’étais présente. epuisement burn-out maternel thereseandthekids

Puis il y a eu le ménage sans fin, les douches que je n’arrivais pas à prendre, les lessives, les pleurs, les maladies, les conflits à gérer, les nuits trop courtes, les journées entières à les porter dans mes bras, les discussions qui n’en sont pas « Maaaamann, j’ai fais caca » , les pauses cafés qui n’en portent que le nom « maman, lis moi une histoire! allez! », les réveils à l’aube et les petits bonheurs du quotidien se sont peu à peu transformés en corvées. Et un jour, j’étais devenue celle qui savait où se cachait le énième jouet, celle qui savait ou étais planqué les bonnets, le papier ultra important pour les impôts, les chaussures de la barbie, la pièce du playmobil « mais tu sais celui qui a le bouclier avec le cheval dessus », les chaussettes de monsieur, celle qui pensait aux anniversaires, celle qui remplissait les to-do list, celle qui avait pleins de trucs pourris dans sa tête. J’étais devenu le parent par défaut. Comme l’imprimante.

« Comme tu as un formidable mari, il t’aide beaucoup hein? ».

« Comme tu as de la chance ? Il prend son rôle de père à coeur. »

Oui, j’ai beaucoup de chance mais, je prends aussi mon rôle de mère à coeur. Pourquoi personne ne me le dit ? Je suis bonne à rien. Personne ne me voit. Et il m’aide à quoi. Ce sont aussi ses enfants. C’est aussi son appartement. Son linge.

Chaque fois que je râlais ou que je me disputais avec lui, je m’en voulais encore plus. Je me sentais coupable. J’étais jalouse car il existait en dehors du cadre familial et il avait de la reconnaissance. Et oui, un papa qui fait tout ça en plus de son job, c’est incroyable, que dis-je c’est une méga star. Mais une femme qui bosse et qui assure la vie à la maison c’est normal. #WTF

Moi, c’était encore pire, j’étais mère au foyer. Aucune raison de me plaindre.

« Tu as le temps de penser à toi.  Moi aussi, j’aimerais avoir la chance de rester à la maison. »

Et puis un matin

Et puis un matin, je n’ai plus eu envie de me lever. L’énergie n’étais plus la. L’envie de ne plus les voir, de ne plus les entendre écouter leurs histoires qui ne m’intéressaient pas. L’envie de partir. Loin. Très loin. Je m’en fichais de ce qu’ils penseraient. Je me sentais vide. Je me maquillais et ne m’habillais que lorsqu’ il fallait faire bonne figure. Il ne fallait pas montrer aux autres que je n’étais pas épanouie dans ce nouveau rôle que j’avais choisi, tout compte fait. Je devais aller bien. Je devais. Je devais être cette femme heureuse et parfaite.

Je pleurais et déprimais à chaque anniversaire qui me rappelait tout le temps que je passais ici à m’oublier. Tout le temps que je nettoyais. Tout le temps que je passais à répéter les mêmes consignes, que je cuisinais, que je lavais, que je rangeais, que je changeais des couches. Bref, toutes ces minutes qui s’écoulaient dédiées aux tâches répétitives, inhérentes au maintien d’une maison propre et d’une hygiène de vie saine.  A quoi bon quand peu de temps après il fallait tout recommencer. Je suis à leur service. Ils sont là.  24 heures sur 24. Pas de pause. Mes patrons habitent avec moi. Viennent en vacances avec moi. Vont aux toilettes avec moi. « Maman, tu fais pipi ou caca? Moooontre! » #zérointimité

Je n’avais pas voulu devenir ce parent par défaut.  J’avais honte car je n’avais pas de raison singulière de déprimer. Mais pourtant je ne me sentais pas bien. Je me sentais inutile. Transparente. Incapable. Nulle. Bonne à jeter.

Ce matin là, je m’en souviens encore comme si c’était hier. J’ai mis une gifle à un de mes enfants. Un électro choc. Je ne me reconnaissais plus. Qui étais-je? Comment avais-je fais pour en arriver là?

burn-out maternel therese and the kids épuisement

Le burn-out.

Qu’est-ce que je fais ici? Pourquoi j’ai arrêté de travailler? Pourquoi je supporte tout ça? Pourquoi la société ne reconnait-elle pas le fait de rester à la maison? Pourquoi est-ce si compliqué d’aider les familles? Si les crèches pesaient moins lourds dans le budget familial, si l’égalité salariale existait vraiment, les femmes feraient sûrement d’autre choix.  Bref avec des si….

Et puis au détour d’une conversation avec ma belle-soeur, elle m’a conseillé un livre qu’elle avait adoré: la fatigue émotionnelle et physique des mères. J’ai lu le livre en une soirée. Dévoré.

Je ne m’y attendais pas. Je pensais que cela n’arrivait qu’aux autres. A celle qui avaient de vrais raisons ( les maladies graves, les mamans solos, etc). Et pourtant. A force de vouloir tout bien faire, trop bien faire, c’est arrivé. Je voulais être parfaite, je voulais que TOUT soit parfait, car j’étais à la maison et surtout,  je devais être heureuse de cette situation.

François Lelord, psychiatre, qui signe la préface du livre, est explicite :

« Une maman se doit d’être parfaite. Et éprouver lassitude, épuisement, colère, indifférence, lui donne vite le sentiment d’être une mère indigne. C’est encore plus vrai pour celles qui ne travaillent pas, culpabilisées déjà par leur statut de mère au foyer, et supposées s’occuper de leurs chers petits dans une continuelle félicité. »

Une bouée de sauvetage. Une révélation. Enfin, il y avait un mot sur mon mal; le burn out maternel.   Oui . J’étais épuisée. Et oui, j’avais le droit de l’être.  Il fallait donc agir et renouer avec moi.

Le après…

J’ai lu des extraits à mon mari. Nous avons beaucoup parlé. Je suis partie quelques jours pour me recentrer,( la première fois depuis que j’étais devenue maman) me retrouver et ressentir le manque des miens. A mon retour, voici ce que nous avons mis en place pour ne plus retomber dans le cercle de l’épuisement.

  1. Lâcher prise. Oui je sais il est saoulant celui-là. C’est vraiment THE conseil le plus important que j’ai appliqué immédiatement. Enfin, il m’ a fallu du temps. Je ne pouvais pas tout contrôler. Alors, j’ai laissé mes enfants être sales, avoir pendant plusieurs jours le même body si il était propre, être mal habillé, sortir en pyjama ou déguisé en superhéro pompier policier si cela nous permettait de sortir sans cri et sans stress, de ne pas passer l’aspirateur 5 fois dans la journée, de laisser traîner les jouets jusqu’au soir, etc. Je me suis décontractée. Je ne pouvais pas mener de fronts toutes les batailles. Il fallait choisir.Et puis le regard de Madame Parfaite, #CécileMorel  ( comprennent qui pourra)- et bien je m’en fous. Toute cette perfection a  sûrement un prix. Moi je ne suis pas prête à le payer.
  2. Déléguer, même si ce n’est pas fait comme on aimerait, comme nous on le ferait. Il faut répartir les tâches. Mes enfants passent l’aspirateur, débarrassent la table, dressent le petit déjeuner, etc. ( pas tous les jours, hein) Mon homme se lève aussi la nuit et quand il rentre, je le laisse remplir son rôle. Oui il travaille mais c’est aussi ses enfants.
  3. Organiser des moments rien qu’à soi. Réellement. Aller acheter des habits pour les enfants n’en fait pas partie. Je sais c’est plus facile à dire qu’à faire. Croyez-moi j’en sais quelque chose. Avec notre entourage familial qui est à 2 heures de chez nous autant dire que n’importe quelle activité s’organise un minimum en avance. Mais des fois juste une heure suffit. Si vous avez la chance d’être deux, alors laissez vos enfants au papa et prenez une heure pour vous. Allez marcher dehors seule ou accompagnée, ou allez courir, ou prenez un bain. C’est déjà le début du paradis. Et puis si vous avez envie de regarder votre téléphone pendant que les enfants jouent au parc, tant pis pour les mères parfaites qui vous jugeront, vous avez droit à une pause. Au diable votre culpabilité. Non, ce n’est pas égoïste. Etre en accord avec soi-même, c’est être une meilleure maman après.
  4. Parler. C’est la meilleure des thérapies Ne restez pas isolé. Vous avez le droit de ne pas aimer et parfois être mal à l’aise avec ce nouveau rôle. Cela vous rend humaine. Il y a sûrement d’autres femmes qui ont envie de se lier d’amitié et de parler aussi de ce sujet complexe qu’est la parentalité. Les séances parents, les apéros de la crèche ou la cour d’école sont autant d’occasion d’échanger sur un point commun, les enfants. Cela m’a sauvé de nouer des liens d’amitié avec d’autres femmes. Aujourd’hui, elles sont mes bouées de sauvetage quand je vais mal. Je sais qu’elles sont là. Pour sortir, faire du sport ou simplement me faire rire ou déculpabiliser. Parce que c’est vrai il y a toujours quelqu’un qui s’en sortira mieux que vous mais il y aussi toujours quelqu’un pour qui vous susciter de l’admiration. Si-si je vous assure.
  5. S’accepter. De nature colérique et impulsive, je ne m’autorisais pas à crier. Je voulais être à tous  pris bienveillante et calme. Du coup dès que je dépassais ce standard que je m’étais fixée, je me sentais incapable. Maintenant, j’essaie de me dire qu’il est normal de flancher de temps en temps.
  6. Faire des listes de choses faites. Je suis une dingue des listes. J’en ai pour tout. Une pour les habits des enfants, une pour les cadeaux, une pour les choses à faire, une pour les menus,… Bref. Pratique certes, mais aussi source de stress et de frustration quand les points sur la liste n’avancent pas ou pire stagnent depuis des semaines. Du coup, maintenant je fais une liste par jour de ce que j ai fais: vider le lave-vaisselle, nettoyer sous la table, appeler truc machin, lu une histoire, etc. Le soir, je la lis et cela me rappelle que je n’ai pas rien fait. C’est gratifiant.

Et maintenant…

avec 4 enfants dont un bébé qui fait des nuits entrecoupé ou se lève a 5h, c’est encore plus de challenge pour ne pas se laisser envahir et retomber dans des mauvaises habitudes de perfection et de contrôle. Je laisse mon dernier mettre de la nourriture partout parterre lorsqu’il mange, ce qui pour moi est un progrès considérable.  Je vous assure. J’arrête de vouloir trop bien cuisiner quand j’ai juste envie de faire des pâtes vite fait. Le matin, si j’ai envie de prendre du temps pour m’habiller et me faire belle, je le prends et tant pis si on sort à 10h le matin et si on mange à 12h30. Je sors avec les copines de temps en temps. Et puis j’ai fais quelque chose qui me tenais à coeur depuis longtemps;  j’ai ouvert ce blog et je m’apprête à lancer mon activité indépendante. Oui, mon ménage ne se fait pas pendant que j’écris. Oui, parfois les enfants mangent avec leur papa pendant que je suis enfermée dans mon bain ou dans mon bureau. Oui, il y a de la poussière partout sur mes meubles. Oui, mes fenêtres sont dégueulasses. Oui, c’est papa qui fait les lessives. Oui, cette année j’ai fais le calendrier de l’avent le 10 du mois. Non, je ne vais pas me coucher en même temps que les enfants car ma vie de couple commence quand ils dorment. Alors oui je me couche tard, mais j’ai moins de frustration.  Oui, je ne suis pas le modèle idéal de la femme au foyer . Les corvées sont toujours là. Elles n’ont pas disparu comme par magie mais vu que j’ai une vie a côté de la maison, je les accepte mieux.  Je suis heureuse, mes enfants le sont aussi. Enfin je l’espère. Souvent je culpabilise et puis je me raisonne en me disant que je n’en serai que meilleure maman si je pense à moi, maintenant. Je pleure encore d’épuisement et de colère contre moi. Contre cette dualité de mère-femme, contre ce paradoxe de mère-femme parfaite que j’aimerais être et la réalité. Mais pour rien au monde je reviendrais en arrière car maintenant, j’existe en dehors du cadre familial.

Prenez soin de vous!

« Si tu cherches encore cette personne qui va changer ta vie, regarde-toi dans le miroir « 

Roman Price.


Liens utiles:

Pour recharger les batteries:

  • Un lieu dans le gros de vaud, une petite pause. 
  • Un autre lieu de le canton de Soleure, qui parle allemand mais aussi français, la fondation Ita-Wegman

Quelques livres:

Mère épuisée

la femme parfaite est une connasse

Margaux Motin rencontre la femme parfaite 

Et pour rire:

We maman

 

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8 thoughts on “Le burn-out ou l’épuisement maternel”

  • …je sors de 10 jours de pneumonie alors que je n’oserais pas et ne peut pas lâcher prise et surtout tombé malade …
    3 jeunes enfants, une entreprise agricole et un mari qui a choisi de nous quitter il y a peu …
    Et ce besoin de tout faire parfait devant des mamans parfaite !

  • Merci!
    Je m’y reconnais tellement…même avec un boulot à 50%. J’ai bien l’impression qu’on est dans la même galère !
    Ah le fameux lâcher prise…difficile quand ton mari te fait remarquer tout ce que tu n’as pas fait lorsqu’il rentre du job à 21h30 ?

  • Merci pour cet article <3 Pour ma part j'ai enchainé burn out professionnel et début de burn out maternel, 2 ans d'angoisse, mais effectivement beaucoup de lâcher prise, plus de bienveillance envers moi même et quelques jours de crèche par semaine m'ont sortie de la… Et maintenant… je me sent mieux que jamais, plus forte qu'avant… incroyable !!!

Un petit commentaire, ça fait toujours plaisir ...


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